Pierre-Louis de Francorgé nouvel arrivant

Nombre de messages: 48 Localisation: toujours là où on peut avoir besoin de lui ... ou de quelqu'un ... ou de personne, en fait Date d'inscription: 28/01/2006
 | Sujet: voyages, voyages ... Sam 11 Fév à 1:41 | |
| Pierre-Louis, le front appuyé sur la vitre constellée de gouttes, regardait sans le voir, le long ruban luisant de l'asphalte mouillé de pluie de l'autoroute, mollement bercé par le ronronnement discret de la limousine de l'ambassade. Dans cet état de fugue mentale, propice à la réverie, il revoyait les évenements marquants de ces dernières semaines. Tout d'abord, la rencontre avec "Onclétante", à la sortie du conseil de famille convoqué lorsque les adultes avaient semblé se rendre compte que la situation commencait à s'éterniser ... Bien qu'ils fussent, comme à leur habitude, gentils et affables, sans arrières-pensées, ils semblaient si soulagés de savoir que la mère de Pierre-Louis avait decidé de se rapprocher de son propre père et emmenait son fils avec elle qu'il en avait resenti comme un coup de poing dans la poitrine... Pierre-Louis, depuis son plus jeune âge, avait une conscience aussi aigüe de sa place( au sens géographique du terme) que des règles de la bien-scéance ou de celles du beau-parler. Il avait compris ce jour là que, bien que le conseil de famille leur aie confié la gestion de sa fortune future, Onclétante seraient toujours ravis d'avoir de ses nouvelles, voire de le recevoir de temps à autres (pourvu qu'il ne séternise pas) mais que l'oncle Louis-Hubert n'en considérait pas moins comme une corvée de gérer et faire fructifier la fortune de son frère ainé pour son fils, et que la tante Marie-Adelaïde n'avait pas pensé une seule seconde à offrir au jeune garçon le réconfort d'un foyer, même de substitution, si celà devait lui imposer un changement dans ses habitudes mondaines et frivoles ! Pierre-Louis ne savait pas trop s'il devait en etre accablé ou soulagé ...
Et c'est là qu'Onclétante avaient eu leur idée géniale (tout au moins, le proclamaient-ils) ! Offrir à un garçon de douze ans, pour son anniversaire, le plus fabuleux des voyages dont ILS pouvaient rêver ! Et voilà Pierre-Louis, nanti de bagages dignes des romans d'Agatha Christie ou de ceux des fabuleux voyages de Jules Verne, planté sur le quai d'une gare de Venise, attendant l'arrivée de l'Orient-Express. Un siècle plus tôt, le voyage d'un jeune garçon seul, dans ce train de légende, aurait donné matière à un extraordinaire récit d'aventures, alors que là, malgrès le faux luxe tapageur de la reconstitution ferroviaire, celà ressemblait plutôt à l'abandon sordide d'un gamin dont on ne savait trop comment se débarrasser... Même si Pierre-Louis avait été choyé par le personnel du train (et les bakshishs d'Onclétante n'y avaient été presque pour rien) le voyage lui avait semblé long et insipide, alors qu'ils avaient traversé quelques uns des plus beaux paysages d'Europe et d'Asie.
Il avait été soulagé d'arriver à Wladivostok, même si la surprise de trouver à l'aéroport un jet du groupe Francorgé plutôt qu'un billet d'avion pour une compagnie japonaise avait failli lui faire oublier ses bagages.
La liaison par visio-conférence avec sa mère et son grand-père l'avait laissé sur sa faim, il ne devait pas les voir à Tokyo, mais partir directement pour le pensionnat qu'on lui avait choisi, il était d'ailleurs déjà en retard sur le calendrier des rentrées, mais on lui promettait que ce n'était que partie remise, et que son grand-père viendrait le voir lors du Week-End suivant ... Et le voilà dans cette immense voiture, qui filait sur le périphérique de la mégalopole japonaise dont il ne voyait que quelques immeubles dans le lointain noyé par la pluie.
Et d'un geste désabusé, sans y penser vraiment, il tendit le doigt pour mettre en marche le combiné télé-vidéo tronant au milieu de l'habitacle arrière lorsque ...
La lumière se mit à vaciller... Le doux ronronnement sembla disparaitre... La voiture fit une embardée, puis souplement reprise en main par le chauffeur, se dirigea vers le bas coté et la bande d'arrêt d'urgence...
"ho non, pas ça ... pas maintenant" chuchota t'il, apeuré avant que les deux hommes, devant, ne sortent de la voiture et ne commencent à farfouiller sous le capot. "Je suis desolé, Jeune Maitre" vint alors bafouiller le chauffeur, éffaré "mais c'est une panne incompréhensible, et je ne peux réparer sur place, votre valet est en train de téléphoner à l'ambassade pour prendre des directives, il va vous falloir attendre à l'intérieur, il tombe de l'eau par pleins seaux dehors !" Il était difficile de voir si Pierre-Louis était catastrophé par le retard occasionné ou par le sentiment de responsabilité qui commencer à lui serrer le coeur, aussi le chauffeur reprit-il "Je vous assure que nous allons faire de notre mieux pour que tout soit réglé au plus vite !" Et c'est ainsi que les retards se cumulant aux retards, Pierre-Louis finit par faire une entrée plus que tardive au pensionnat... _________________ Pierre-Louis de Francorgé Vicomte de St Mayxent Baron de Vaulnes
*L'âge, dans quelque sens que ce soit, est une circonstance qui ne doit jamais servir d'excuse. Tout au plus peut-il fournir une explication ...*
|
|