Pierre-Louis de Francorgé nouvel arrivant

Nombre de messages: 48 Localisation: toujours là où on peut avoir besoin de lui ... ou de quelqu'un ... ou de personne, en fait Date d'inscription: 28/01/2006
 | Sujet: une limousine à l'entrée Ven 10 Fév à 20:50 | |
| Quiconque passerait dans le hall à cette heure, au lieu d'être à la cantine, verrait, par les grandes portes vitrées du hall, une limousine d'un gris anthracite s'arrêter devant le perron de l'entrée. Pour peu que ce témoin oculaire fasse preuve d'un minimum de sens de l'observation, il ne pourrait rester sans remarquer les deux discrets drapeaux tricolores rigides fixés sur les ailes avants de la voiture, alors qu'il serait plus facile de ne pas voir les étranges plaques d'immatriculation à la numérotation blanche sur fond vert.
Pour peu que le témoin veuille se muer en spectateur, il verrait alors un homme de haute taille sortir de la voiture, depuis la place à coté de celle du chauffeur, examiner la longue façade du vieux bâtiment, puis se diriger vers la porte arrière et l'ouvrir, pendant que le chauffeur, sorti à son tour de l'autre coté se dirige vers la malle arrière. L'étrange vêture de cet homme pourrait suffire à distraire l'attention un moment, son costume de valet anglais typique, courant en Europe entre le milieu du XIXe et celui du XXe siècle, étant suffisamment éloigné de la conception nippone de vêtements "pratiques" ou "esthétiques".
Ce n'est que lorsque le valet, puisque tel est son état, tendra au dessus du jeune voyageur un parapluie pour l'accompagner jusqu'à l'entrée du hall, que l'attention d'un observateur qui se serait attardé jusque là pourra se fixer sur celui qui semble être un nouvel élève.
Le garçon qui entre dans le hall est petit et fluet, porte des cheveux châtains ni trop courts, ni trop longs, avec une coupe assez "en bataille" pour contraster avec le reste de son apparence. Son regard doux, de couleur noisette, passe par dessus ses petits lorgnons pour examiner le hall, depuis le sol jusqu'au plafond, en n'omettant rien des fenêtres, portes et autres sorties, s'attardant quelques secondes sur toutes les décorations des murs, sur la moindre affichette, allant jusqu'à scruter jusqu'aux poignées des portes ... Ses traits sont suffisamment fins et réguliers pour qu'on le qualifie immédiatement de "mignon" ! Le garçon est vêtu d’un costume gris, assez sombre, composé d’une paire de culottes courte s’arrêtant un main (une des sienne, bien sur) au dessus du genou, d’un veston à boutons argentés nantis de poches (appelées goussets) et d’une veste visiblement coupée sur mesures par un des meilleurs tailleurs parisiens. Ce costume est porté sur une chemise couleurs lilas, avec une cravate d’un gris deux tons plus clairs que le reste du costume sur laquelle une discrète épingle jette une tache de nacre. Il est complété par une paire de chaussettes bicolores dont les teintes reprennent celles de la cravate et de la chemise, avec des mocassins de cuir noir brillant. Quelqu’un doté d’une excellente vue pourrait voir que l’épingle à cravate, dont la surface totale ne dépasse pas celle d’un ongle d’auriculaire, représente la paire de masques, symbole du théâtre antique, figurants le visage souriant de la comédie et celui, grimaçant, du drame. Une chaînette d’argent barre son torse, allant de l’un des goussets de son veston à celui qui lui fait face.
Pendant l’examen des lieux par le nouveau venu, le valet et le chauffeur ont fini par extirper les bagages pour les amener dans le hall.
Le valet : « Voilà, Monsieur, nous y sommes enfin … Etes vous sur que cela ira, avec vos bagages ? Ne voulez vous pas que nous vous accompagnions ? »Le chauffeur : « Voilà, Jeune Maître, vous voilà rendu, je vous présente à nouveau toutes mes excuses pour cet incident incompréhensible, voulez vous que je vous accompagne pour expliquer les raisons de ce retard ? »Pierre- Louis se tourne vers les deux hommes, visiblement plus inquiets que lui, et tente de les rassurer.« N’ayez craintes, je vais me débrouiller, si Grand –Père m’envoie ici, c’est qu’il me fait confiance… » L’enfant se détourne pour regarder à nouveau le hall. « Ne vous inquiétez pas … tout sera bien ! »
Les deux hommes, après un salut et un murmure où il peut être question de « …Son Excellence… » quittent alors les lieux, laissant le garçon seul au seuil de sa nouvelle vie, avec ses bagages et ses doutes.
Quiconque entrerait à cet instant risquerait de ne pas voir de suite l’enfant, que le plus gros de ses bagages cache sans problèmes. En effet, il s’agit d’une énorme malle cabine du même modèle que celles qui voyagèrent dans les felouques de plaisance sur le Nil, d’un bord à l’autre de l’Atlantique sur des paquebots de légende comme le Queen-Mary, le Queen-Elisabeth et le France, un bagage plus haut que l’enfant et dont les coté mesurent un bon mètre, une de ces malles qui s’ouvrent debout, le long de l’une de ses arêtes, en bois précieux, acajou et palissandre, aux angles renforcés de cuir rouge … Avec cette malle énorme, viennent une valise, dont l’extérieur est recouvert de ce tissu appelé « tapisserie » par les Anglais et une sacoche à soufflets, recouverte du même tissu, traditionnellement nommée « sac de nuit »
Pendant un instant, Pierre-Louis tente de faire le vide en lui, pour retrouver son calme, pour faire taire cette sensation d’abandon (un de plus !) qui lui vient, pour s’imprégner de l’endroit aussi ...
_________________ Pierre-Louis de Francorgé Vicomte de St Mayxent Baron de Vaulnes
*L'âge, dans quelque sens que ce soit, est une circonstance qui ne doit jamais servir d'excuse. Tout au plus peut-il fournir une explication ...*
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